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Rapport Proulx

Qui a peur de la démocratie?

Tout le Québec doit soutenir le rétablissement de l'égalité des droits fondamentaux en éducation.

 

par Daniel Baril
Porte-parole du Mouvement laïque québécois

 

En proposant de fonder le système scolaire québécois sur la primauté du droit à l'égalité pour tous les élèves, notamment en matière de liberté de conscience et d'égalité des religions, le rapport du Groupe de travail sur la place de la religion à l'école (rapport Proulx) ne cherche qu'à rétablir la démocratie au sein de ce système scolaire.

Il est donc étonnant de constater avec quelle fureur la droite catholico-protestante a décidé de combattre ce rapport, montrant de ce fait que les confessionnalistes n'aiment pas la démocratie.

Les opposants sont conviés à un petit effort de réflexion. Les principes sur lesquels se fonde le rapport Proulx sont ceux inscrits dans nos chartes des droits et libertés et dans les pactes internationaux que le Québec a signé ; en aucun temps l'application de ces droits fondamentaux n'a à être subordonnée au pouvoir discrétionnaire d'une quelconque majorité. Ils sont dits "fondamentaux" parce qu'ils ont une préséance sur le désir de la majorité, l'une de leur raison d'être étant justement de protéger les minorités.

Si une majorité de parents décidaient de ne pas accorder la même reconnaissance des droits fondamentaux à tous les enfants de l'école, par exemple en faisant un clivage sur la base de l'appartenance ethnique, le résultat de cette décision même prise à la majorité ne saurait être considéré comme démocratique. C'est la situation qui prévaut dans les écoles confessionnelles qui établissent un clivage sur la base de l'appartenance religieuse et qui n'accordent pas les mêmes droits à tous.

En laïcisant l'école, tout le monde y gagne : les uns retrouvent la pleine reconnaissance de leurs droits fondamentaux jusque là suspendus, les autres retrouvent la pleine responsabilité de la transmission de leur foi, alors que tous ont la satisfaction de contribuer à l'édification d'une société équitable.

Les évêques et la tradition

Parmi ceux qui n'ont pas encore compris ces principes élémentaires se trouve, au premier chef, l'Assemblée des évêques du Québec. L'AEQ n'a en effet pas le courage de reconnaître qu'il s'agit là des conditions assurant le maintien de la liberté de religion et de la paix sociale. Les évêques préfèrent se laver les mains en se plaçant à la remorque du "choix des parents" tout en orchestrant le mouvement d'opposition, une attitude démagogique et opportuniste.

Si les parents ont un rôle prépondérant à jouer dans ce débat, les évêques sont par ailleurs les premiers responsables de la situation actuelle puisque ce sont eux qui ont réclamé la clause dérogatoire afin que les lois scolaires échappent aux droits fondamentaux.

Les évêques évoquent également la tradition pour défendre le maintien du favoritisme religieux. La tradition est au coeur de toute les luttes d'arrière garde que le clergé catholique a mené dans l'histoire du Québec : guerre des éteignoirs contre la taxe scolaire dans les années 1840-1850, torpillage du projet d'école publique et laïque de l'Institut canadien en 1859, abolition du ministère de l'Instruction public en 1875, interdiction aux juifs de fréquenter les écoles catholiques en 1894, blocage du projet de rétablissement d'un ministère de l'Instruction publique en 1897, campagne contre la gratuité scolaire et la fréquentation scolaire obligatoire jusqu'en 1931, blocage du droit de vote pour les femmes jusqu'en 1940, imposition de la ségrégation religieuse scolaire en 1964 et de la clause dérogatoire depuis 1986. Autre époque, même combat.

L'attitude et la position des évêques pavent la voie à ceux qui veulent maintenir les privilèges discriminatoires des catholiques et des protestants. Parmi eux, Gary Stronach, président de la Fédération des comités de parents de la province de Québec, prétend représenter " tous les parents engagés dans la cause scolaire au Québec " lorsqu'il rejette le rapport Proulx.

Les positions du rapport sont pourtant fondées, entre autres, sur un sondage d'opinion montrant que plus de 68 % des parents de toutes allégeances religieuses sont favorables à une école laïque. La proportion monte à près de 82 % si on y ajoute ceux qui préfèrent une école " mixte-laïque ".

D'autre part, le Mouvement laïque québécois représente lui aussi des parents engagés dans la cause scolaire. Le MLQ tire en effet ses origines d'un réseau national de parents - l'AQADER - mis sur pied dans les années 1970 afin de défendre le droit à l'exemption de l'enseignement religieux. Les parents que nous représentons sont tous favorables à l'école laïque et ne se retrouvent pas dans les propos de M. Stronach.

M. Stronach est également d'avis que la laïcité est une affaire de " multiethnicité montréalaise ". C'est plutôt une affaire de démocratie et de neutralité de l'État. S'il fallait parler de pluralisme, ce serait pour dire que les groupes ethniques jouent pour bien peu de chose dans le pluralisme religieux. Les juifs, par exemple représentent 1,5 % de la population du Québec et les musulmans 0,6 %. Par contre, différents sondages montrent qu'entre 15 et 20 % de la population francophone de souche n'appartiennent à aucune religion. C'est le deuxième groupe en importance au Québec après les catholiques romains.

Toute proportion gardée, il y a donc probablement plus de gens sans appartenance religieuse à Trois-Rivières, Rouen Noranda, Sherbrooke ou Gaspé qu'il y a de juifs et de musulmans à Montréal. Les droits fondamentaux des premiers ne sont pas moins importants que ceux des seconds.

Un oui critique

L'appui qu'il convient de donner aux orientations du rapport Proulx ne doit pas occulter le fait que certains points demeurent questionnables.

Ces recommandations incluent notamment le maintien d'un service d'animation spirituelle et l'instauration d'un enseignement culturel des religions incluant, possiblement, les courants de pensée séculière. Cette volonté d'accorder, pour la première fois dans un programme scolaire, une place équitable aux interprétations séculières du monde et aux valeurs humanistes qu'elles véhiculent est digne de mention.

Le cours de culture religieuse, tout comme le service d'animation spirituelle, risque également de faire l'objet de vives revendications de la part des groupes religieux qui voudront réinvestir le terrain scolaire et détourner ce cours de ses objectifs. On risque de revivre l'expérience du cours de morale que plusieurs parents ont vu récupéré par des enseignants prosélytes, ou dénaturé par un manque de formation.

La présence de ces deux éléments suffit à démontrer que les opposants au rapport sont décrochés de la réalité et font preuve de démagogie en affirmant que la religion est sortie des écoles. Ils rappellent également aux groupes démocratiques qu'ils devront faire preuve de très grande vigilance afin que les recommandations, si elles étaient retenues, ne conduisent pas qu'à une simple laïcité de façade.

(Texte paru dans Le Devoir du 17 avril 1999 et dans La Presse du 20 avril)


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